Le Poilnet dans la Main
Le Chemin (de croix) des Dames
C'est à l'occasion des obsèques qu'une vieille amie que dans une église de Picardie
magnifiquement éclairée par le soleil d'août
que j'ai eu l'idée de ce chemin de croix en 14 stations
consacré aux avanies et aux crimes contre les femmes...
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Images aimantes |
Toutes ces toiles sont réalisées à la peinture à l'huile sur des toiles de lin cloutées
sur des châssis à clés.
On peut les acquérir et aussi commander portraits ou nus..
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NOUVEAU :
Texte intégral de la conférence de Michel Debray sur Clovis Trouille
donnée au Musée de Picardie à Amiens au cours de l'été 2007
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Enfant malade
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Lapidation
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Silence
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Solitude
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Torture
Huile sur toile - 61 sur 50 cm
"Le jour où je n'ai plus mis les bras,
les mains devant moi, comme bouclier, il a compris, et moi aussi que je n'avais
plus peur. Que c'était fini. Depuis c'est moi qui lis la peur dans son regard.
Il baisse la tête en me parlant."
Martine Muller (à qui je dédie cette toile)

Viol
Huile sur toile - 61 sur 50 cm
TOI, MOI, EUX.....
Tu m'as surprise très jeune, à un âge où l'esprit lui restait encore
candide....me donnant courbes et galbes de façon précoce!
Je découvrais alors le monde des hommes... Celui de la cupidité, du désir
animal, des phéromones,...
du vice et du malsain.
Derrière ces regards et ces étreintes pseudo-paternalistes, je discernais
cette flamme lubrique.
J'avais aiguisé un sixième sens à la découvrir, la cerner, la reconnaître.
Elle avait cette odeur fétide qui la caractérisait..
Je ne savais que
faire, comment réagir.
Souvent paralysée, acculée au mur, n'osant respirer, priant pour devenir
invisible.
Je fis vite la corrélation entre toi, ma nouvelle compagne avec qui je devais
sensément compter et ces nouvelles sollicitations charnelles.
Travestie dans des vêtement informes destinés
à te cacher toi...
Toi qui m'apportait tant de tortures au corps et à l'âme.
Ce ne pouvait être qu'une erreur...
Dans mes livres où je trouvais refuge en nourrissant mon imaginaire spongieux
et débordant, le monde n'était pas ainsi décrit.
M'étais-je laissée berner?
Peut-être, n'aurais-je pas du diversifier mes lectures en les aromatisant de
Harlequin série passion, la chute
aurait pu être moins brutale.
Sans trouver de solution, je me mis à m'étourdir dans les batailles que je
livrais et remportais contre mes adversaires masculins sportivement,
physiquement, sur leurs terrains, mais sans jamais renoncer ou céder!
Mon cheval de bataille restait retrouver l'honneur qu'on m'avait vilement volée.
Ce fut au prix de t'y perdre, toi, avec qui je ne voulais pas être amie!
Un désert implicite en découla.
C'était décidé, jamais sur le terrain de Casanova, je ne les laisserai me
manipuler!
Il ne fallait jamais leur faire confiance pour s'en préserver!
Je t'ai inhumé avec joie et soulagement...
Le chemin de croix était terminé.
Au zenith de ma maturité, tu m'as rattrapée au détour d'une séance
exorciste.... sur papier glacé.
quel choc brutal, que ce reflet qui m'était étranger, que je snobais et
pourtant bien, mien!
Les yeux que je posais sur ces instants volés et figés sur épreuves,
ont fini de t'exhumer.
Nous nous sommes réconciliées...
Je suis devenue femme et t'ai embrassé toi.........
Ma féminité.
Difficile d'en faire autant avec eux, la confiance fracturée fut longue à rétablir
et continue de l'être encore.
Sabrina

Ô vieillesse ennemie !
Huile sur toile - 61 sur 50 cm
Si j'aime la toile, le titre m'exaspère: la vieillesse n'est qu'une étape... C'est l'accoutrement qui est marginal, inadapté... et rend (à mes yeux) cette belle femme mûre, misérable, avilie.
Laura

Prostitution
(Hommage à Miss Tic)
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Misère
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Excision
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Cicatrice
Huile sur toile - 61 sur 50 cm
Dédiée à Marie Boutevin
"Cicatrice...une femme sur deux a le ventre mutilé... Toutes les femmes de
ma famille appartiennent à cette fratrie. Il existe les balafrées de
l'existence, celles du corps et les autres qui, de l'âme et du corps vivent la
mutilation."
Marie Collins

Guerres et catastrophes
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Harcèlement
Huile sur toile - 61 sur 50 cm

Travail
Huile sur toile - 61 sur 50 cm
Un grand bravo pour ces toiles à la fois dérangeantes et bouleversantes.
J'ai été très émue en les consultant.
Merci pour cette action militante qui dénonce toute la cruauté humaine...
A bientôt.
Bises à toi et à Dany.
Céline.
Bravo, euh non, .... merci...ou désolé, enfin
plutôt .....j'ai honte, je baisse la tête, parce que j'ai laissé passer
ces ignominies, merci de me les balancer, avec ton talent pur et dur, en travers
de la gueule
Frédo
Je suis pétrifiée par ces toiles, est-ce toi qui les as peintes?
Il me semble reconnaître ton style et surtout
ton pinceau. Le message vraiment très fort ne peut être ignoré.
Félicitations
Je t'embrasse
Anne-Marie T.C.
***
Bonjour Michel,
-Vous nous présentez 14 tableaux très expressionnistes, on vous savait
fasciné par l’éternel féminin et on vous découvre féministe, quel a été
l’élément déclencheur de la série « le chemin « de croix » des dames ?
J'ai toujours été féministe et les commentaires de la récente et médiatique
affaire m'encouragent à l'être encore plus ou mieux... C'est à l'occasion des
obsèques d'une vieille amie que, regardant le chemin de croix d'une petite église
du Santerre en Picardie j'ai décidé de réaliser 14 toiles - ou stations - sur
les avanies faites aux femmes. Sur Facebook j'ai fait des propositions de
tableaux, de sujets et demandé aux femmes leurs avis. Ainsi ai-je écarté
l'accouchement de ce chemin de croix des femmes car elles m'ont majoritairement
dit que la mise au monde d'un enfant ne pouvait être classée dans les évènements
négatifs... Pour l'anecdote, ma compagne Dany m'ayant demandé comment je
voyais un chemin de croix spécifique des hommes, après réflexion je ne voyais
qu'un sujet possible : leur bite. Certes la misère, la guerre, la violence
touchent les deux sexes mais je pense que les femmes supportent davantage.
-Cette série a eu un très bon accueil de la part des médias locaux, sur le
Net ainsi que par le public ayant eu la primeur de votre travail, comment
expliquez-vous cet engouement ?
Les médias locaux à l'occasion de l'expo au Château des Lumières se font
pour le moment discrets et le public aussi d'ailleurs... J'ai testé ces
peintures sur le Net et lors d'une expo d'art amateur chez moi, à Ault. C'est
une peinture qui tout à la fois touche, émeut, attire et révulse. On est loin
des bouquets de roses, des bateaux de pêche et du paysage bucoloque ou de la
nature morte classique...
-Les artistes ont toujours eu pour vocation de montrer à la société ce
qu’elle voit pas ou ne veut pas voir, concernant cette série, cette démarche
pour vous était-elle une évidence dans votre parcours artistique?
J'ignore s'il s'agit d'une vocation à proprement parler. C'est vrai que j'ai
longtemps pratiqué une peinture expressionniste dite engagée. Puis, n'ayant
plus d'images mentales à jeter sur la toile, j'ai renoncé à cette forme-là
pour me concentrer sur des nus et des portraits érotiques. Paradoxalement,
cette série du Chemin (de croix) des Dames est venue comme une respiration
expressionniste où j'ai pu me faire plaisir techniquement n'étant plus
contraint à la ressemblance, à la joliesse... J'ai retrouvé un bonheur de
peindre. Quelqu'un me posait la question : comment peut-on peindre une
lapidation ? Une lapidation sur une toile, comme dans toute représentation
artistique est d'abord un problème technique, comme n'importe quel autre sujet.
Comme toujours, je prévoyais de faire sobre, monocolore et c'est évidemment
devenu une imagerie à la Clovis Trouille, une sorte de chromo de baraque
foraine. Je revendique un certain mauvais goût. Il fait partie de moi. J'essaie
de compenser dans la vie par une sorte d'élégance (provocatrice toujours un
peu !) dans les rapports humains et amoureux.
-Cette obsession voir cette monomanie de ne peindre que des femmes, est-ce
une thérapie pour vous, une déclaration d’amour voir la volonté féroce de
séduire toujours et encore ?
C'est tout cela à la fois, cher ami ! Je dis toujours : sous cette apparence
d'Orson Welles se cache une Marilyn fragile. Comme dirait Arno : je me sens un
peu gouine et puis la chanson de Renaud : En cloque, m'émeut aux larmes. Bon.
Je ne vais pas ici reprendre 4 années de psychanalyse et 2 années de psychothérapie.
Ce que je sais c'est que la peinture m'a peut-être sauvé... Maintenant, quand
je vois l'incroyable courage des femmes, au quotidien, leur tenacité, leur
engagement - j'ai travaillé avec des femmes, je sais qu'elles sont fiables,
d'un dévouement à tomber - quand je vois le rôle énorme qu'elles ont dans
les activités culturelles où elles représentent plus de 60 % du public, de
l'animation, de l'administration, de la gestion, etc. je ne peux qu'être
admiratif et je le dis AMOUREUX. Il n'y a pas un festival, une expo, un musée,
un spectacle qui ne doivent son succès, sa renommée aux femmes. Elles sont
essentielles à la vie culturelle et à la VIE tout court. Les peuples qui
condamnent les femmes se condamnent nécessairement à l'autodestruction. On va
s'apercevoir du rôle des femmes dans les révolutions "arabes" présentes
et à venir.
-Qu’aimeriez-vous que l’on retienne de votre œuvre et de l’homme en
particulier ?
On retiendra ce que l'on voudra. Avoir déjà, de son vivant, car c'est bien là
le plus important, des témoignages d'amour et d'amitié, de la part de nos
anciens élèves par exemple, c'est déjà formidable. Recevoir de son vivant
des signes d'"amirosité" comme dit une "amireuse" qui me
remercie d'exister, qui se dit heureuse d'avoir croisé mon chemin, c'est cela
le paradis. Il n'y en a pas d'autre. Il n'y a que cette vie. Il s'agit d'en
faire, à sa mesure, une manière d'oeuvre d'art. Modestement. Ambitieusement.
Merci Michel Debray.
Fred Bourgeade
http://lesvieuxsinges.canalblog.com/